ParisMonde

L’ÉTAT DU MONDE ÉCONOMIQUE EN 2016

Quel sera le bulletin de santé économique de la planète en 2016 ? La lutte contre le réchauffement climatique, que vient de mettre en avant le sommet de Paris, ne peut faire oublier les besoins de croissance des pays émergents, avec une population mondiale qui est partie vers les 10 milliards à l’horizon 2050.


COMMENT VONT ÉVOLUER LES COURS DU PÉTROLE ?

Tous les experts sont d’accord sur un point : on ne sait pas ! Fin 2015, le cours du baril de Brent était toujours sous la barre symbolique des 50 dollars, alors qu’il était resté de 2011 à juin 2014 au-dessus des 100 dollars, avec des pointes à 120. Aujourd’hui, la faible croissance mondiale plombe la demande. Sera-t-elle vraiment meilleure en 2016 ? En revanche, l’offre ne tarit pas car personne ne veut céder et réduire sa production, ni les pays du Golfe, ni les États-Unis, ni la Russie. L’Arabie saoudite a déjà puisé près de 100 milliards de dollars dans ses réserves de change et a maintenant un déficit budgétaire, mais elle veut garder ses parts de marché. Pour elle, c’est aux producteurs américains de pétrole de schiste de réduire leur activité et ils le feront, pense-t-elle, car leur coût de production va finir par dépasser le prix de vente.

Oui, mais les petites compagnies américaines – ce ne sont pas les “majors” – tiennent bon. La technologie s’est améliorée, les investissements initiaux sont faits, ils produisent pour rembourser leurs emprunts. Mais ils ne forent pratiquement plus de nouveaux puits. Dans quelque temps, leur production va faiblir. Mais quand ? Avant ou après que l’Arabie saoudite flanche elle-même devant son déficit et agisse au sein de l’OPEP pour faire remonter les cours ?

Enfin, il y a les incertitudes géopolitiques. Après la levée des sanctions, l’Iran va revenir en force sur le marché. La Libye, ou ce qu’il en reste, aimerait redémarrer. Ils vont accroître l’offre et faire baisser les cours. Cette baisse est terrible pour les pays producteurs : Vénézuéla, Algérie, Nigéria… Mais elle est bonne évidemment pour les grands consommateurs, comme l’Europe, la Chine ou le Japon.


CHINE : LE TAUX DE CROISSANCE BAISSERA ENCORE

Ce n’est pas un atterrissage brutal, mais c’est un nouveau ralentissement : selon le FMI, la croissance chinoise devrait être de 6,3 % en 2016, contre 6,8 % en 2015 et 7,4 % en 2014. Avec à la clé un symbole : le grand rival indien va rester en tête, avec une prévision de + 7,5 %. Ce ralentissement est le signe de la mutation économique de la Chine, menée à marche forcée par le régime, avec l’accent mis sur la consommation intérieure et les services et moins sur les capacités d’“atelier du monde” qui lui avaient permis des taux de croissance stratosphériques (autour de 10 %) pendant des années.

La baisse de la croissance ne sera pas sans conséquences sur les principaux partenaires de Pékin, en particulier les producteurs de matières premières. En effet, bien plus que pour le pétrole, la Chine joue un rôle déterminant sur les cours des matières premières, dont elle est le premier consommateur mondial : pour les métaux, elle représente plus de la moitié de la demande mondiale.

Cette situation ne devrait pas empêcher la Chine d’amplifier encore la transformation de son modèle de développement centré sur la consommation et d’affirmer ses ambitions en matière financière. Décidée à casser le monopole du FMI et de la Banque mondiale, Pékin a lancé sa “Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures” (AIIB), que quatre pays européens ont rejoint, contre l’avis de Washington. Et le FMI a dû faire un geste en reconnaissant le yuan comme monnaie de référence.

Le ralentissement de sa croissance n’empêchera pas la Chine de rester premier émetteur de CO2, malgré ses efforts en matière d’énergies renouvelables. Il faut dire que la Chine est poussée à réduire l’emprise du charbon sur son mix énergétique, compte tenu de la pollution extrême de ses villes qui continue de poser un problème majeur de santé publique.


IRAN : LE GRAND RETOUR SUR LA SCÈNE MONDIALE

Après 36 ans d’isolement suite à la révolution khomeiniste de 1979, l’Iran devrait retrouver toute sa place dans le concert des nations. L’accord du 14 juillet sur le nucléaire civil conclu avec le groupe P5+1 (les 5 membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) et sa ratification par le Parlement à majorité très conservatrice ouvrent la voie à une levée progressive des sanctions à partir de janvier 2016. C’est un succès à mettre au crédit du président Rohani, élu en 2013, qui devra affronter en février 2016 des élections législatives décisives, face aux traditionalistes iraniens.

Ce retour sur la scène internationale devrait se matérialiser par une augmentation de la production et des exportations de pétrole (4e réserves mondiales) et gaz (2e réserves mondiales), mais aussi par l’ouverture du marché. Toutefois, la baisse du prix des hydrocarbures, si elle se confirme, risque de pénaliser ce pays de près de 78 millions d’habitants.

Les besoins en investissements y sont énormes – les Européens en particulier sont bien placés dans cette course – mais le redémarrage de l’économie risque d’être lent. En effet, tant que les Américains n’ont pas publié tous les détails concernant la levée des sanctions, les banques européennes, échaudées par les amendes colossales décidées à leur encontre par la justice américaine, resteront assez frileuses pour accompagner les projets d’investissements dans ce pays. Ceci est valable aussi pour les banques américaines et les projets futurs d’investissements américains. Par ailleurs, l’Iran chiite devrait retrouver une position de force sur la scène géopolitique du Moyen-Orient, face à son adversaire traditionnel, l’Arabie saoudite sunnite. Un rééquilibrage qui pourrait aider à l’émergence d’une solution négociée en Syrie.

Tous les dossiers

Vue du Hub Amérique du Nord

Bonne santé aux USA, inquiétudes au Canada

Lire plus >

Vue du Hub Europe

Europe : rebond de croissance et nuages noirs

Lire plus >

Vue du Hub Maghreb-Afrique

L’Afrique est-elle enfin bien partie ?

Lire plus >