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DURABLE, CONNECTEE, PARTICIPATIVE : LA VILLE DEVIENT “INTELLIGENTE”

Après les Empires au 19e siècle, les États au 20e siècle, la ville au 21e siècle s’affirme comme un acteur majeur de la marche du monde. Sous toutes les latitudes, s’invente aujourd’hui “la ville intelligente”. Gros plan sur cette approche du vivre-ensemble qui, via l’emploi des technologies numériques, voit la démocratie locale, les services publics et l’engagement du citoyen prendre une nouvelle dimension.

 

(c) DR

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Bien qu’elles n’occupent que 2 % de la surface de la planète, les villes sont à l’origine de 80 % des émissions mondiales de CO2. Leur développement se poursuit de partout à un rythme soutenu, avec les effets que l’on connaît sur le réchauffement climatique. L’Organisation des Nations Unies a annoncé que 2 personnes sur 3 vivront en milieu urbain en 2030, contribuant ainsi à l’émergence de monstrueuses mégapoles dont certaines concentreront jusqu’à 50 millions d’habitants à l’horizon 2050…

Ces quelques données suffisent à souligner l’importance des enjeux, environnementaux, économiques et sociaux, liés à la maîtrise de cette urbanisation galopante. L’ensemble des solutions d’avenir mises en œuvre pour les relever forme le concept de “ville intelligente” (ou “smart city”). Particulièrement étendue, son application conduit à repenser complétement l’approche de la cité, en termes d’articulation entre le public et le privé, d’accès aux ressources, de fourniture d’énergie. Avec les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme principal levier, ce nouveau modèle de gouvernance révolutionne les services municipaux de transports, d’éducation et d’information. Place sous le signe du bien commun, il vise à stimuler une participation active des citoyens à la vie démocratique de leur ville.
Rudolf Giffinger, expert en recherche analytique sur le développement urbain et régional à l’université technologique de Vienne, classe les villes intelligentes selon six critères majeurs : l’économie (création de nouvelles opportunités, approche collaborative), la mobilité (optimisation des déplacements, priorité au véhicule électrique, diminution de la congestion urbaine), l’environnement (réduction de l’empreinte écologique, emploi d’énergies durables), les habitants (plus actifs, mieux informés) le mode de vie (sous le signe du partage), l’administration (sous le signe de la transparence).
Selon Frost & Sullivan, cabinet conseil en stratégie, le potentiel du marché des “smart cities” dans les secteurs des infrastructures, de la technologie, de l’énergie et des services de sécurité pourrait atteindre 3 300 milliards de dollars d’ici 2025. L’Union Européenne estime de son côté à 11 milliards d’euros les investissements publics et privés nécessaires pour permettre à une population de 25 millions d’Européens de vivre dans des villes intelligentes. Bruxelles a montré la voie en lançant l’initiative “Villes et Communautés Intelligentes” à laquelle fut alloué en 2013 un financement de 365 millions d’euros pour le développement de technologies urbaines de pointe.


LE CITOYEN, ACTEUR CENTRAL DU CHANGEMENT
Si les technologies de l’information et de la communication (TIC) jouent un rôle déterminant dans la gestion de la ville intelligente, elles n’en sont pas pour autant l’élément fondateur. Leur déploiement participe d’une stratégie globale dans laquelle planification et gouvernance urbaines s’éloignent des schémas traditionnels de la gestion municipale. Plutôt que de se présenter sous forme de catalogue, l’offre de services est construite en fonction des besoins sur le long terme des habitants et des entreprises. Elle veille notamment à répondre aux demandes d’une plus grande proximité entre les lieux de travail, de loisirs et d’habitation, de modes de déplacement éco-compatibles, d’espaces naturels préservés, de circuits courts pour l’alimentation ou d’une garantie de sécurité.
Pour les municipalités, la première étape consiste à numériser l’ensemble de leurs services en les intégrant au sein d’une plate-forme concrétisant la logique du guichet unique. Chaque citoyen, devenu grâce à son smartphone un véritable terminal ambulant, peut également bénéficier d’applications conçues pour lui permettre d’accéder en permanence aux services, gérer un compte, se tenir informé des nouveautés et évolutions. De moins en moins isolés ou en bout de chaîne, les habitants de la ville intelligente ne se cantonnent plus dans un rôle d’administrés mais deviennent acteurs à part entière du changement. Logés dans des bâtiments à énergie positive (“BEPOS”), ils se transforment en producteurs d’électricité et de chaleur. Ils pratiquent l’habitat groupé qui limite l’étalement urbain et permet d’avoir des îlots d’habitants impliqués dans la vie sociale de leur quartier et contribuant à son animation. Ils sont également adeptes de la mutualisation des biens, via le covoiturage, l’inscription à un site de location ponctuelle de véhicules ou d’hébergements entre particuliers (couch surfing). Beaucoup adoptent le principe de l’économie collaborative qui s’appuie sur une organisation plus horizontale que verticale des activités. La mutualisation d’outils ou de machines peut y prendre une forme lucrative, celle d’une mise à disposition par des communautés de pairs ou au sein de “fablabs”, ateliers collectifs équipés d’imprimantes 3D dédiées à la conception et la réalisation d’objets. Appelées à un fort développement dans les décennies à venir, ces dernières permettent la délocalisation de la production et suppriment les coûts de transport.
Les matériaux nécessaires à la fabrication peuvent se trouver localement. L’énergie utilisée sera de préférence une énergie renouvelable locale, produite au meilleur coût.


SOUS LE SIGNE DE LA TRANSPARENCE
“L’open data” soit la mise à disposition par les collectivités publiques, via des sites Internet dédiés, de données brutes réutilisables concernant la ville et la municipalité constitue un volet majeur dans l’édification des smart cities. Cette ouverture, en devenant une obligation pour les métropoles, établit la transparence des marchés publics et favorise la participation des plus petites entreprises. Le Royaume-Uni, qui s’est engagé dans la démarche, y voit un véritable bouleversement culturel : “Nous ne voulons pas éduquer les gens sur la façon d’utiliser un service, mais éduquer le gouvernement sur la façon de servir les citoyens”, a expliqué Francis Maude, ministre au Cabinet Office, en charge de l’open data. Aux États-Unis, depuis le lancement du site data.gov, 23 États et 8 villes ont emboîté le pas au gouvernement. Le pays compte aujourd’hui pas moins de 2 000 plates-formes générales et 24 000 sous-sites.


DES INITIATIVES SUR TOUS LES CONTINENTS…
Le prestigieux Intelligent Community Forum (ICF) vient d’admettre le Grand Montréal parmi les 21 métropoles intelligentes de l’année 2016 (Smart21). Cette distinction est la première étape d’un processus qui conduira au choix des sept villes finalistes en février 2016 et ultérieurement à la désignation du grand vainqueur en juin prochain. Montréal se distingue pour la seconde fois, la ville s’étant déjà qualifiée en 2014 parmi les 21 métropoles les plus intelligentes sur 400 candidatures déposées. “Nous sommes fi ers de la reconnaissance de l’ICF et voyons ceci comme un signal clair que Montréal est sur la bonne voie pour devenir dès 2017 un chef de file mondialement reconnu parmi les villes intelligentes”, a déclaré Denis Coderre, maire de Montréal et président de la Communauté Métropolitaine (CMM). “Depuis, nous avons crée le Bureau de la Ville intelligente et Numérique qui a élaboré, avec l’apport des citoyens, la “Stratégie montréalaise, ville intelligente et numérique 2014-2017”, déjà forte de 70 projets”. En France, les pouvoirs publics ont crée le label “EcoQuartier” pour soutenir les projets d’aménagement urbain qui respectent les principes du développement durable tout en s’adaptant aux caractéristiques des territoire. A Paris, en mai dernier, la maire Anne Hidalgo a présenté les grands axes de son “Plan stratégique pour une ville intelligente et durable” qui devrait permettre, d’ici 2020 et au-delà, la création de mécanismes de participation et de mobilisation citoyennes nombreux, simples et accessibles. Les propositions portées par la mairie, contiennent notamment la création de 100 000 m² supplémentaires de lieux d’innovation, l’installation de 100 abribus équipés d’écrans interactifs et le déploiement du wifi gratuit à tout l’espace public. Parmi d’autres initiatives prises par des villes françaises, on citera celle du Grand Lyon, qui fédère près d’une soixantaine de communes, et a déployé un démonstrateur “Lyon Smart Community” dédié aux domaines de l’énergie, du bâtiment et du transport. Suite aux ravages causés par les ouragans Katrina à la Nouvelle Orléans et Sandy à NewYork, la Fondation Rockefeller et la Clinton Global Initiative ont mis en place “100 Resilient Cities”, une plateforme mondiale d’actions et d’innovations visant à construire une urbanisation plus résistante aux épreuves de tous ordres. “La résilience urbaine, c’est la capacité d’une ville à faire face à un désastre, comme un tremblement de terre ou une inondation, a expliqué Michael Berkowitz, le président du réseau 100 Resilient Cities. Mais aussi de faire face à des désastres sur la durée. Par exemple la disparition d’une industrie, comme à Detroit avec le départ des usines automobiles.” Le 2 décembre dernier, en marge de la COP21, une vingtaine de maires ont rallié la cause. Ils se sont ainsi engagés à orienter 10% de leur budget annuel, soit un total de 5,2 milliards de dollars, vers des projets améliorant les infrastructures de leur ville pour renforcer les actions de prévention ou de lutte contre les risques climatiques, sociaux ou terroristes. Outre Paris et Montréal, plus d’une soixantaine de villes ont aujourd’hui rejoint le mouvement, dont Athènes, Rio, Bangkok, Dakar, Ramallah, Chicago, Rotterdam, La Nouvelle-Orléans…

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