ParisMonde

EURO 2016 : LA PLANÈTE FOOT DANS TOUS SES ÉTATS

C’est à une véritable fête qui se prépare l’Hexagone ; cependant dans les coulisses des derniers préparatifs se cachent des enjeux bien plus importants.

Éliminée sur un score de 1-0 seulement par les futurs champions du monde allemands au Brésil, la France du ballon rond se rassure comme elle peut. La culture du résultat prime sur l’analyse de l’expression collective. Le choix du sélectionneur Didier Deschamps, en poste depuis 2012, au palmarès long comme le bras et au style « italien des années 1990 », n’est pas anodin. À défaut d’être brillante, la sélection se repose sur la solidité en espérant y ajouter l’efficacité. La restauration de l’image de l’équipe nationale est toujours à l’ordre du jour. Après la Coupe du monde 2010 et le fiasco de l’Afrique du Sud, le plus grand scandale de l’histoire des Bleus, le monde du football français s’interroge sur le chemin à suivre. Le journaliste et éditorialiste RMC et BFM, Daniel Riolo, répond sans détour : « Depuis la grève de Knysna tous les joueurs sont scrutés lors des rassemblements, les comportements sont décortiqués ».

Au siège de la Fédération française, on tente un autre pari : les supporters sont versatiles et si les Bleus réalisent un bon parcours, ils se rangeront derrière eux et les soutiendront. La ligne officieuse est donc de prendre les meilleurs joueurs, tel Karim Benzema qui est aujourd’hui au centre d’un nouveau maelström médiatique et juridique nauséabond. Et tant pis si les sondages annoncent que la vox populi n’en veut pas. Le journaliste Daniel Riolo poursuit : « Il y a un risque que nos propres supporters sifflent certains de nos joueurs. Une solution serait de ne pas sélectionner l’attaquant du Real Madrid ». Mais pour Noël Le Graët, le président de la FFF (Fédération française de football), l’équipe de France, c’est bien sur la vitrine, le produit phare mais aussi une affaire de rentabilité.

 

LE FOOT-BUSINESS À LA FRANÇAISE

Le chef d’orchestre de l’Euro 2016, Jacques Lambert, n’y va pas par quatre chemins. Le « foot-business » a bien sa place au 21e siècle. Le rayonnement de la France à l’étranger passe par les synergies économiques. Il faut certes privilégier autant que faire se peut les entreprises nationales, conjoncture morose oblige, mais également ne pas froisser les partenaires mondiaux. Un subtil équilibre. Comme d’habitude pour ce type de manifestation à vocation planétaire, les études d’impact fleurissent : les fameuses retombées économiques, notamment

l’apport des touristes. Les polémiques vont bon train mais ce qui semble, en revanche, créer une nouvelle tendance, c’est la mesure dont font preuve les protagonistes. À Saint-Étienne, par exemple, ce n’est pas le fait de devenir ville-hôte qui a entraîné la rénovation du stade Geoffroy-Guichard. Le vice-président de Saint-Étienne Métropole, Roland Goujon, le précise : « Bien sûr, l’État nous a accordé 8 millions d’euros mais le principe de la rénovation, à cause des contraintes normatives, était déjà validé quelles que soient les obédiences politiques ». L’économiste Vincent Chaudel ne dit pas autre chose : « La vérité sur des événements sportifs c’est que l’on gagne surtout du temps, gagner de l’argent n’est pas obligatoirement une évidence ». Un discours inédit issu en partie des erreurs constatées en 1998 suite à l’organisation de la Coupe du monde : 600 millions d’euros ont été investis dans les stades dont les deux tiers attribués à la construction du Stade de France, qui n’accueille pourtant aucun club professionnel de L1.

 

DIPLOMATIE SPORTIVE, UN CONCEPT EN MUTATION

« L’Euro aura lieu ! La question ne se pose même pas ». Noël Le Graët est catégorique malgré les risques d’attentats et l’environnement géopolitique. Paradoxalement, l’influence de la France, sa renommée, sa capacité à se promouvoir, seront mesurées à l’étranger à l’aune de la sécurité et de la liberté des citoyens du monde sur le territoire national. Un casse-tête intégral ! Roland Goujon en est parfaitement conscient : « Les interdictions de déplacement liées à la tolérance zéro, cela n’offre pas une image valorisante ». Qui plus est, l’UEFA a décidé pour 2020 de ne plus accorder à un seul pays l’exclusivité de l’organisation mais à plusieurs villes dispersées sur le continent. Une innovation qui dissimule une explication rationnelle selon Daniel Riolo : « Aujourd’hui pour toutes les grandes compétitions, Jeux

olympiques, Coupe du monde, Championnat d’Europe, les dossiers de candidature diminuent, l’Euro 2004 en Grèce a été une catastrophe économique » avant d’ajouter « Et puis il y a le phénomène de privatisation à outrance lancé par les Américains dès Los Angeles 1984. Regardez les réactions et les émeutes au Brésil en 2014 ». L’Euro 2016 en France pourrait-il être le dernier d’une longue série ? Quoi qu’il en soit, qu’elles soient sportives, nationales ou sécuritaires, la France doit faire face à de multiples interrogations. Et le risque de trébucher est bien réel.

Tous les dossiers

Vue du Hub Amérique du Nord

ParisMontréal

Au Canada, le soccer a pris son envol

Lire plus >

Vue du Hub Europe

ParisBerlin

Gestion des clubs : à la fin c’est encore l’Allemagne qui gagne

Lire plus >

Vue du Hub Maghreb-Afrique

AlgerParis

Foot : Le Maghreb sur le banc de touche… plus pour longtemps

Lire plus >