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LES CLÉS POUR ÉVALUER LES RÉSULTATS DE LA COP21

En 2009, le sommet de Copenhague (COP15) avait eu au moins un résultat positif : les dirigeants du monde avaient été d’accord pour dire que la hausse de la température moyenne de la planète ne devait pas dépasser 2° C (voire idéalement 1,5 °C) d’ici 2100 par rapport à l’époque préindustrielle. Mais ce sommet est resté dans les mémoires comme un échec cuisant, car les dirigeants ne s’étaient pas mis d’accord pour dire “comment”. Six ans après, la responsabilité incombe au sommet de Paris (COP21)… Quels sont les indicateurs qui permettront de dire s’il est un succès, ou un nouvel échec “à la Copenhague”

Le 11 décembre, dès que le sommet de Paris sur le climat aura éteint ses lumières, s’ouvrira un grand débat sur la question de savoir si les décisions prises sont à la hauteur de la situation. L’avancée plus ou moins nette sur quatre dossiers permettra de se faire une idée.

Tous les pays du monde ont-ils embarqué sur le même bateau ?

Le protocole de Kyoto en 1997, qui a constitué l’acte fondateur des efforts de la communauté internationale contre le réchauffement climatique, ne concernait que les pays développés de l’OCDE et les anciens pays du bloc soviétique. Les autres, dont la Chine, l’Inde, le Brésil, n’étaient pas soumis à des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), dont le CO2. Pour eux, l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, considérée par les scientifiques comme la cause principale du réchauffement, était due à la croissance des seuls pays industrialisés depuis le milieu du XIXe siècle. La position des pays en développement s’appuyait sur une logique simple : pourquoi payer pour la pollution des autres, et pourquoi limiter une croissance économique qui pointe à peine à l’horizon et dont on commence à tirer les bénéfices ? La mondialisation a changé la donne. La Chine est devenu le premier émetteur de GES, les risques du réchauffement sont devenus plus tangibles, la possibilité de nouvelles énergies moins émettrices est devenue réalité. Les pays en développement ont accepté le principe d’adhérer à un accord contraignant pour tous. Mais pour cela, ils attendent que les pays développés les aident, par des financements et des transferts de technologie. S’ils n’ont pas satisfaction, si la confiance ne revient pas, ils ne signeront pas. Pour eux, c’est une affaire de “justice climatique”. Restera à définir la forme juridique de l’accord (déclaration ? protocole ?) et son degré de précision. Ne pas y arriver signifierait un échec total.

Les efforts des États pour réduire les émissions de CO2 sont-ils suffisants ?

Même si tout le monde monte à bord, il ne sera pas possible d’imposer à chacun les mêmes contraintes uniformes. Pour mieux comprendre la diversité des situations, les pilotes de la COP21 ont demandé à tous les pays d’envoyer avant le sommet de Paris des documents expliquant ce qu’ils sont en mesure de faire pour ralentir leurs émissions de GES. C’est là que le ciel s’obscurcit. Les trois quarts des pays ont rendu leur copie. L’analyse en est complexe, car tous ne se réfèrent pas aux mêmes indicateurs et aux mêmes dates de référence. Les experts de tous bords ont fait marcher leurs calculettes et concluent qu’on est encore loin de l’objectif de 2°C. Selon eux, en l’état actuel, la planète serait partie pour une hausse de quelque 2,7°C. C’est mieux que le + 4°C qui surviendra si rien n’est fait, mais c’est encore beaucoup trop. La négociation peut certes pousser certains gros émetteurs à faire de nouvelles avancées. Mais tout le monde a bien vu la présidence française, au départ tout feu tout flamme, commencer à mettre en garde contre les risques d’échec. C’est mauvais signe !

Les pays riches sont-ils prêts à aider financièrement les pauvres ?

Curieusement, la question apparait moins difficile à résoudre. A Copenhague, les pays développés s’étaient engagés à assurer des flux financiers du Nord vers le Sud, pour aider à la transition énergétique et à l’adaptation des pays les moins développés. Le montant de ces flux a été fixé à 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Pour les canaliser, il a été décidé de mettre en place un “fonds vert”. Il s’agit de flux provenant non seulement des États, mais aussi des institutions internationales et des entreprises. Compte tenu de cette diversité, l’objectif n’apparaît pas inatteignable. Là aussi on a vu la présidence française réorienter son discours, en soulignant l’importance primordiale de ce dossier. Si l’accord est atteint sur ce point, il peut atténuer, en tout cas médiatiquement, un échec sur le dossier précédent…

Les entreprises et la société civile sont-elles mobilisées ?

Le sommet de Paris devrait marquer un tournant en ce qui concerne l’implication des acteurs non-étatiques dans les négociations mondiales sur le climat. Cette implication est en phase d’accélération. Les grandes villes du monde ont mis en place divers réseaux pour engager des actions dans l’habitat et les transports. De grands territoires, comme des États nord-américains (Californie, Québec, Ontario…) ont construit des marchés de quotas de carbone. Les grandes entreprises intègrent de plus en plus l’empreinte carbone dans leurs stratégies, bien au-delà du simple greenwashing qui leur a souvent été reproché. D’ailleurs elles y sont contraintes par les fonds d’investissements, dont plusieurs ont commencé à moduler leurs décisions selon le caractère durable des opérations qu’ils financent. Toutes ces actions constituent l’agenda des solutions que le secrétaire général de l’ONU a lancé solennellement l’été dernier. Sur ce dernier dossier, donc, le succès est avéré. Mais les États ne pourront se décharger de leurs responsabilités aussi facilement…